Graffiti : l’art des vandales

VMK, Fame ou SVP, ces noms vous semblent-ils inconnus ? Pourtant vous les voyez tous les jours si vous vivez à Grenoble. Détestés par certains, considérés comme de l’art par d’autres, les graffitis ne cessent de diviser. Pourtant, derrière ces simples signatures, se cache un univers inconnu du commun des mortels. Associé à la dégradation ou aux gangs, le graff’ « vandal » – illégal – forme un monde complexe avec ses codes et son histoire. Rencontre avec ses partisans, mais aussi ses détracteurs.

Un mouvement hétéroclite

Le graffiti se caractérise par son aspect hétéroclite. À Grenoble, plusieurs groupes de graffeurs très dynamiques apposent leurs créations dans toute l’agglomération. Ces peintres compulsifs utilisent de nombreuses techniques. De loin, ils préfèrent la bombe. Facilement transportable, cet accessoire typique du graffeur permet de créer de nombreux effets de perspectives et de couleurs. Mais sur les murs de la capitale des Alpes, on trouve aussi des grands portraits peints au pochoir, des « crews » – équipe de graffeurs – scribouillés à la va-vite au marqueur ou encore des « blazes » – pseudonymes – projetés à l’extincteur – si si ! Deux graffeurs grenoblois, Binoz et Cari, acceptent de parler de leur passion et du monde du vandal.

Ce qui les motive, la beauté de la chose bien sûr mais aussi la détermination de l’artiste. Si l’esthétique prime, la taille de la pièce et son emplacement figurent également parmi les critères de performance. « J’ai d’abord été attiré par l’aspect esthétique, mais l’idée de laisser sa marque quelque part me plaît beaucoup », explique Binoz. Le tag tel qu’on le connaît aujourd’hui tire son origine des rivalités entre les gangs new-yorkais. La réputation, la volonté de signaler sa présence et la performance constituent l’essence même de la discipline. Au travers de ces lettrages, ne voyez point de revendication politique ou sociale. Il s’agit simplement du blaz ou du crew. Le message principal ne se résume qu’à « Je suis là ! J’existe ! ».

Attention ! Si le monde du graffiti paraît opaque ou anarchique, il n’en est pas moins codifié. Interdiction par exemple de recouvrir le travail d’un graffeur plus expérimenté ou d’un autre crew. Il faut dire que la crainte de représailles suffit souvent à dissuader d’enfreindre ces règles. Des sanctions pourtant à relativiser, d’après Cari. Les quelques réfractaires ne subissent généralement qu’ « une grosse leçon de morale ». Le milieu du graffiti forme une petite communauté où tout le monde se connaît. À Grenoble, ces passionnés se retrouvent souvent sur des « spots » connus tels que l’ancien sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet ou les quais de l’Isère, près de La Tronche. Des emplacements souvent considérés comme de « l’illégal toléré ».

Un art contesté

Des problèmes avec la police ? S’ils ne se sont jamais fait pincer, Binoz et Cari confirment tous les deux avoir déjà été coursés par les forces de l’ordre. Un jeu du chat et de la souris, dont la tonalité varie souvent selon l’humeur de la maréchaussée. Si certains agents font preuve d’un laxisme total à l’égard de leur hobby nocturne, les membres de la Brigade Anti-Criminalité – BAC – interpellent parfois ces mordus de l’aérosol. Plusieurs témoignages parlent de violences, brimades, menaces de taser, etc. Des arrestations totalement disproportionnées et un dispositif policier bien excessif pour quelques coups de peinture souvent très éphémères.

À l’équipe anti-graffitis de la Ville de Grenoble, le contact avec cet art contesté est permanent. Elle assure ce service dans trois secteurs de la commune. Une entreprise privée gère le reste de la ville. Mais cette partition devrait prendre fin le 1er janvier 2015 et l’équipe municipale s’occupera alors de toute la ville.

L’effacement d’un tag se décide à la suite de la demande d’un particulier ou lors de parcours dans la ville réalisés par les techniciens. Malgré la priorité donnée aux tags insultants, les signatures de nos « Street artists » n’échappent pas à ce travail minutieux. Ces agents enlèvent régulièrement une surface de 435m² de tags par semaine. Un chiffre assez variable qui peut parfois doubler. Face aux Krem, Fame et autres pseudonymes éparpillés sur les murs de la ville, ils disposent de trois techniques : la peinture, les produits chimiques ou l’hydrogommage, une sorte de sablage sous pression. Avant tout nettoyage, chaque graffiti est répertorié.

Un travail qui s’avère parfois difficile. En effet, ces procédés nécessitent très souvent le port de tenues de protection. Et devoir enlever un tag aux produits chimiques sous une combinaison par 35°C le long des voies sur berge, « c’est tout sauf une partie de plaisir », affirme le responsable de l’équipe. Durant leurs parcours, ces nettoyeurs de tags reçoivent régulièrement des remerciements ou de bons retours de la part des riverains. Probablement une preuve de l’impopularité persistante du vandal…

Mais alors, les graffeurs, les comprennent-ils ? Oui et non. « Il y a des choses, c’est presque dommage de les effacer », reconnaît un des membres de l’équipe. Cependant, cette compréhension laisse vite place à un certain ressentiment dû aux difficultés du métier.

Quand on demande à nos graffeurs s’ils comprennent les gens qui méprisent leur art, ils répondent sans hésiter : « Oui, il faut avoir grandi dedans pour comprendre. C’est comme le Skate ou le Heavy Metal, il faut être initié. », affirme Cari.

Il ne reste plus alors qu’à être initié…

Crédits photos :
Grenoble sous les bombes

Binoz

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